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Vers une architecture déprogrammée


Recherche de réponses à des programmes ouverts et qui traduisent une possibilité d’évolution dans le temps, au-delà des usages prévisibles ou connus.

« Cette connaissance (des usages), elle va flotter, et elle ne sera jamais ‘’prédictive’’, et la réinsuffler dans le projet suivant, c’est assurer la reproduction des pratiques existantes sans poser le problème de l’invention programmatique. Bien entendu, il faut une connaissance des usages, mais cette connaissance sert à prendre distance par rapport à ces pratiques, et absolument pas à donner des réponses sur ce vers quoi il faut tendre. » [1]

Philippe Rahm

« Toute signification qui dépasse l’architecture lui enlève la liberté d’aménager un espace et un temps ouverts aux interprétations, donc d’accueillir des comportements et des modes de vies inattendus ». « Cette architecture remplace les contraintes fonctionnelles et symboliques par une liberté d’usage et d’interprétation. » Philippe Rahm, Météorologie d’intérieur (extrait de Gilles Clément / Philippe Rahm, environ(ne)ment : manières d’agir pour demain = approaches for tomorrow, SKIRA / CCA, Montréal / Milano, 2006)

La résidence Mollier


Dans ce projet, les pièces ne sont pas nommées par une fonction déterminée mais par une caractéristique d’ambiance, et plus précisément par leur taux d’humidité relative : « La question du taux d’humidité de l’air, sa gestion dans l’habitat, la répartition de l’air dans l’espace en fonction de la densité de sa température, définissent à travers leur qualité physique et sensible l’organisation en plan et en coupe du bâtiment. ». Philippe Rahm.

Ce travail réinterroge la question des modes d’habiter en proposant des espaces affectés non pas à des fonctions identifiés mais plutôt à des critères d’ambiances : « Ce sont de nouvelles typologies d’habitat qui surgissent, inattendues, qui ne sont pas basées sur une planification moderne de l’habitat, avec ses répartitions jour / nuit, intime/ public, mais selon des constituants sensuels et physiologiques émergeant du traitement des techniques du bâtiment. Des climats à habiter. ». Philippe Rahm.

Ainsi pour chacun des espaces, les usages attribués restent ambigus et ne sont pas clairement déterminés, « un même espace peut accueillir des fonctions à priori séparées ». L’enjeu du projet est de placer l’usager au cœur de la stratégie de « l’habiter » et de le laisser libre de générer une nouvelle richesse programmatique : « notre projet refuse la programmation fonctionnelle de l’espace selon des activités spécifiques. Il crée des espaces plus ou moins secs, plus où moins humides, à occuper librement, à s’approprier en fonction du temps et des saisons. » Philippe Rahm.

Source :www.philipperahm.com

La maison archimède


Le projet propose la conception d’un habitat où les espaces sont définis et structurés en fonction de leurs caractéristiques thermiques propres : « Il s’agit d’organiser la maison en fonction des besoins physiologiques de l’habitant en relation avec son activité corporelle et sa nudité »Philippe Rahm.

Les différents espaces se déclinent verticalement et suivent le phénomène de stratification de la chaleur : « les différences de température se stratifient dans la hauteur de la maison, avec un rez-de-chaussée à 16°, un premier étage à 18°, un deuxième étage à 20° et un dernier étage, tout en haut, à 22°. Les fonctions prennent place ensuite de façon évidente sur cette stratification du plus froid en bas au plus chaud en haut » (voir aussi Dispositions Architecturales - Zonage thermique->art69) « L’ambition est ici de redonner une diversité dans le rapport que le corps entretient avec l’espace, avec sa température, de permettre des transhumances au sein même de la maison, des migrations entre le bas et le haut, le froid et le chaud, l’hiver et l’été, l’habiller et de déshabiller. »Philippe Rahm (voir aussi Modes d’habiter - Vers une architecture flexible->art39)

« Aujourd’hui, face à la volonté d’économiser les ressources énergétiques, la demande est d’installer pour chaque bâtiment, mais aussi chaque local, une puissance thermique précisément calculée afin de ne dépenser en énergie seulement ce qui est strictement nécessaire. »Philippe Rahm.

« Notre architecture est donc climatique. Elle ne présuppose d’aucun usage ni symbolique et ne s’élabore que dans sa propre matière. En ne reflétant aucun usage programmatique ni interprétation symboliques, elle rend possible des nouveaux modes d’habitation de l’espace »Philippe Rahm.

Source :www.philipperahm.com

Exposition à Montréal


Le projet interroge la capacité des variations climatiques à générer de nouveaux usages ou de nouveaux programmes. L’enjeu du projet est « d’arriver à une architecture libre de prédétermination formelle et fonctionnelle, déprogrammée, ouverte aux variations météorologiques et saisonnières […], au surgissement des fonctions ignorées et de formes inattendues ». Il s’agit d’établir le potentiel de la transformation des formes et des fonctions provoquées par le changement climatique : « Notre propos est de tester une architecture qui ferait apparaître des fonctions comme « un jeu de dés », selon une équation où la concordance de paramètres climatiques généreraient un possible usage de l’espace ».Philippe Rahm.

L’installation est composée d’un espace de production et de mesure d’un climat variable, et d’un espace d’interprétation des usages en rapport avec le « climat » mesuré dans le premier espace.

Ce travail s’appuie sur la concordance supposée des usages avec trois paramètres d’ambiance prédéfinis que sont : la température (T), l’intensité lumineuse (Lux) et l’humidité relative (HR) (d’où l’équation T x lux x HR = forme et fonction). Chacun des trois paramètres est mis en relation avec une composante de l’usage :
- Le niveau de température définit le degrés d’habillement (ex : 28°C = nudité ; 23°C = tenue légère ; 16°C = vêtement d’extérieur).
- Les variations d’intensité lumineuse définissent le type d’activité.
- Le taux d’humidité relative qualifie le lieu.

Suivant chacune des situations climatiques, un logiciel calcule le comportement des usagers (en termes d’habillement et d’activité).

Source :www.philipperahm.com



Nicolas Michelin

Dans son ouvrage intitulé Et si on pensait un peu plus à elle ? Alerte, Nicolas Michelin rappelle la qualité des espaces de vie capables d’évoluer et la capacité des usagers à s’y adapter et à en extraire le potentiel :

« Dés que quelques logements atypiques sont réalisés, ils sont très demandés ce qui prouve malgré tout un désir de nouveauté. Ces logements nécessitent un effort d’interprétation, une nouvelle manière d’habiter, car l’architecture reste ouverte et ne dicte pas le mode de vie. Les surfaces sont évolutives, elles peuvent facilement s’adapter aux changements inhérents à l’évolution de la famille. C’est une vraie qualité d’usage. »

« Avec l’espace neutre, c’est bien la question d’adaptabilité qui est posée. S’adapter à de nouvelles fonctions, rendre possibles des usages totalement imprévisibles à l’origine, permettre aux utilisateurs de transformer leur espace pour répondre à de nouveaux besoins etc. Les programmistes ne demandent jamais dans les cahiers des charges que les espaces, quel que soit le programme, puissent s’adapter à l’imprévu. Ce n’est évidemment pas leur rôle. Celui-ci est au contraire de quantifier ce qui est prévu. Ils demandent éventuellement de prévoir la transformation de certains espaces grâce à des cloisons coulissantes, ou toutes sortes de systèmes prédéterminés pour introduire de la flexibilité (parquets amovibles, gradins rétractables, etc.), mais rien à voir avec l’adaptabilité à l’imprévisible. »

Logements « Habiter les quais », Nantes


« La conception des appartements permet l’évolution des cloisonnements et facilite ainsi la réunion de plusieurs pièces en un vaste espace. […] Cette opération réaffirme la nécessité d’être généreux dans les espaces à vivre communs ou privés, et privilégie l’ouverture sur le paysage proche et lointain. » Nicolas Michelin

Source :www.anma.fr



Jean Renaudie

La recherche d’un espace flexible et adapté aux divers modes d’habiter apparaît comme central dans l’œuvre de Jean Renaudie :

« Dans l’utilisation que nous faisons de notre logement, il y a dans le comportement de chacun de nous une part qui est fermée et semble définitivement déterminée, il y en a une autre qui est ouverte et qui nous laisse une liberté de réponse. C’est cette dernière qui est déterminante pour la recherche de nouvelles solutions d’organisation du logement »

Projet Danielle-Casanova


Dans le projet Danielle-Casanova, Jean Renaudie propose de réinterroger les modes d’habiter en offrant des potentiels d’espaces inattendues et en provoquant ainsi un mode d’appropriation nouveau de l’espace par l’usager.

« Au « biscornu » et à l’angoisse de la « place perdue » se substitue très vite une infinie possibilité d’organisation de l’espace qui en facilite l’organisation ».

« L’organisation de l’espace y est déroutante : grands espaces communs, chambres individuelles assez petites ; l’espace n’est souvent qu’à demi fermé, il existe de multiples coins ou lieux dont la fonction n’est pas déterminée à l’avance. »

« Il faut donc essayer de produire le maximum de solutions d’architecture, aussi diversifiées que possible, de manière à ce que les occupant futurs trouvent « le » support convenable à leur imagination et à leur créativité, si j’ose le terme, c’est-à-dire, apte à favoriser leur capacité d’intervention sur l’utilisation de l’espace. »

Source : Renaudie par Pascale Buffard (introduction de Bruno Zevi), Rome, Carte segrete, 1992



L’agence Boskop

« Je ne veux pas construire pour l’éternité. Il faut accepter que l’architecture soit une aventure qui nous échappe dés qu’elle est livrée » « Plutôt que de s’interposer entre l’habitant et sa relation au monde, il faut au contraire mettre en œuvre les conditions de son épanouissement sans le prédestiner. » Sophie Delhay, Boskop.

La Sécherie, ZAC de la Bottière-Chénaie, Boskop Architectes


« Chaque logement est la combinaison de plusieurs situations spatiales invitant l’habitant (la famille, le ménage) à organiser à sa manière son propre espace et ses voisinages multiples. Il développe sur quatre bandes juxtaposées : construit + jardin + construit+cour commune. »

« Le logement est constitué d’une collection de pièces quasi identiques (env. 15 m²). Ce sont des pièces carrées de dimension intermédiaire entre celle d’un séjour ou d’une chambre habituelle. L’une de ces pièces est indépendante et située de l’autre côté du jardin. Chaque pièce est caractérisée par ses prolongements, son orientation, ses vues, les colorations extérieures et le type de baie. Hormis la cuisine, l’habitant choisit l’usage qu’il souhaite attribuer à chacune des pièces. Le jardin, centre de l’habitation par où se fait aussi l’entrée, est une pièce à part entière protégée de tout vis-à-vis. »

« Cette décomposition programmatique de l’espace a pour vocation d’absorber l’instabilité inhérente à l’addition et la cohabitation des histoires personnelles et de régler durablement le métabolisme du groupe humain : à la fois faciliter les liens sociaux, préserver l’intimité, accueillir les façons les plus diverses pour chacun de s’organiser, permettre les changements. » François Delhay, Boskop.

Source :www.boskop.org



Notes

[1] Robert Prost, extrait du Cahiers du LAUA n° 2, 1994


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